vendredi 12 avril 2019

Sciences et nouvelles technologies: quel défi pour l’Afrique ?




0. Introduction

Objectivement quelque chose se produit de nouveau sur le sol africain avec des forces qui ne sont pas encore africaines même si elles sont assumées par des africains, comme agents d’exécution. Les réalisations nouvelles, opérées par des forces nouvelles venues de d’Occident, sont bel et bien acceptées et consommées. C’est pourquoi, pour en savoir plus, nous pensons élucider d’abord les concepts qui font l’objet de notre réflexion, à savoir: sciences et nouvelles technologies, avant d’évoquer le défi pour l’Afrique en passant par un état de lieu.

1. Elucidation conceptuelle
1.1. Ce qu’est la science

L’attitude scientifique apparaît fort bien différente de ce que le langage philosophique appelle l’attitude naturelle ou la vision du monde naturelle, telle qu’elle s’exprime dans les mythes, les traditions, les proverbes, les sagesses, les conceptions du monde.
L’attitude scientifique est de nature artificielle[1]. En d’autres termes, nous disons que la science est un phénomène historique, situé de façon précise dans le temps et dans l’espace; môme si le phénomène scientifique devient aujourd’hui universel, il reste vrai qu’il est né en des lieux bien déterminés et à un moment précis de l’histoire.

Selon Michel Henry, la science est à saisir comme « une connaissance rigoureuse, objective, incontestable et vraie et se distingue par la puissance de ses évidences et de ses démonstrations, de ses preuves, en même temps que par les résultats extraordinaires auxquels elle a abouti et qui bouleversent la face de la terre»[2].

Le Petit Larousse et Jean Ladrière, cernent respectivement la science à partir de l’idée de sa constitution. Ainsi pour le Larousse ‘la science c’est l’ensemble de connaissances, d’études dune valeur universelle, caractérisées par un objet (domaine) et une méthode déterminée, et fondées sur des réactions objectives vérifiables”[3], Pour Ladrière. la science contient et se présente comme “Ici somme actuelle des connaissances scientifiques, ou une activité de recherche, ou encore comme une méthode d’acquisition du savoir”[4].

Les méthodes et Tes théories scientifiques se fondent sur “la reproductibilité technique, l’opérationnalité conceptuelle, le contrôle critique, la clarté et la précision langagières, le consensus intersubjectif - au sens de Ici compréhension et du contrôle critico-intersubjectifs -, et la généralité conceptuelle”[5].

Le caractère opérationnel de Ici science moderne et de la formation scientifique du savoir vise à l’acquisition d’un savoir sur le monde, d’un savoir qui se laisse appliquer de façon générale et universelle. Il s’agit d’acquérir des connaissances fiables sur diverses situations même celles pour lesquelles nous ne possédons aucun rapport de perception, mais seulement des effets des activités sous-jacentes à la réalité considérée.

1.2. Ce qu’est la technologie

Nous pouvons la caractériser dans le domaine du faire comme celui du faire efficace, c’est-à-dire du faire qui ne procède plus au hasard ou par de simples essais et erreurs, mais qui a découvert des règles pour atteindre de manièrecorrecte, précise et satisfaisante certains objectifs pratiques.

Certes, on traduit d’habitude le terme Téchnè par « art ». Mais il s’agit d’une traduction devenue aujourd’hui inexacte. Pour nous, l’art concerne essentiellement la sphère du beau et de l’expression esthétique. Dans le cas de l’épistème l’attention est focalisée sur la simple vérité de ce qu’on connaît. Dans le cas de la Téchnè; l’attention se porte sur l’efficacité. La première concerne le savoir pur, la seconde concerne le savoir-faire.

Tout comme Ici science, ta technologie est très largement liée à un mode d’organisation de la production qui est celui de l’industrie moderne, basé sur une valeur spécifique entre une extrême division du travail et un très haut niveau d’intégration des activités (sous forme d’entreprises au dimensions de plus en plus vastes, de groupes industriels complexes ou même d’un système de planification centrale fonctionnant à l’échelle d’un pays tout entier). Ce qui frappe en tout premier lieu, c’est la dimension quantitative production de masse, ou gigantisme d’une tâche donnée.

Cependant si le concept de « technologie » est pris dans le sens de celui de « technique », l’expression « nouvelles technologies » s’entend donc comme des techniques qui sont nouvelles. Or, ce qui est nouveau aujourd’hui ne le sera plus demain. La définition de nouvelles technologies ou technologies de pointe ou encore haute technologies, est ainsi plastique, changeant à mesure que les outils et les moyens sont inventés et intégrés dans le bagage technique des sociétés il fut ainsi un temps où l’automobile était une nouvelle technologie, il fut ainsi un temps, beaucoup plus reculé, où l’agriculture ou la céramique l’étaient également. Il faut par ailleurs noter qu’une technologie peut être nouvelle dans un domaine, alors qu’elle est relativement ancienne dans un autre. C’est dire que toute technique a nécessairement été nouvelle au début de son histoire.

Nous osons parler de nouvelle technologie par opposition à l’ancienne qui fut une véritable justification théorique. On savait comment produire tel ou tel effet, on n’était pas - du moins en général - à mesure d’expliquer pourquoi tel type d’action entraînait tel effet. En plus, on pouvait entourer un savoir-faire déterminé de tout un contexte de justifications d’ordre mythologique, qui pouvaient être elles-mêmes fort ingénieuses et avoir une grande efficacité sociale.

En dépit de l’expression, « nouvelle technologie », il est vrai qu’on se trouve aussi dans bien des cas devant un savoir-faire qui est basé sur l’expérience et la tradition, et pour lequel on ne dispose pas d’explications satisfaisantes. Ce qui est important, c’est que l’évolution technologique est de plus en plus rapide, qu’elle prend un caractère de plus en plus systématique, qu’elle est de plus en plus consciemment contrôlée. La technologie se spécifie bien par son interaction étroite avec la science au risque de croire qu’il n’y a point de différence entre les deux[6].

En commun, entre science et technologie, ce qui frappe, c’est :
  • qu’on se trouve en présence d’une activité socialement organisée, basée sur des plans, poursuivant des objectifs qui ont été consciemment choisis, et de manière essentiellement pratique:
  • de part et d’autre, on a affaire à un terme de recherche qui paraît être de nature à caractériser aussi bien ce qui se fait sous le nom traditionnel de science que ce qui se fait sous le nom de technique.

Nous constatons une très forte interaction entre science et technologie, à tel enseigne que la progression de la science dépend en partie de Ici progression de la technologie et réciproquement. Pour j. Ellul, « la technique est en amont et en aval de la science mais en plus, elle est au cœur même de la science, celle-ci se projette et s’absorbe dans la technique, et la technique se formule dans la théorie scientifique.

Cette possession s’obtient par processus dynamique de l’esprit tout à fait communautaire, d’équipe parce que la recherche scientifico-technique contemporaine n’est plus du tout individuelle elle est complexe et collective. Le chercheur appartient à une équipe, à un réseau.

En tant que réseau, la technique assure le tenir ensemble de l’humanité, l’inter-communicabilité transcommunautaire en tant que recherche, elle l’incite à évoluer et à s’étendre. Si le progrès humain nous paraît identifiable au progrès technique, c’est parce que le progrès humain est de nos jours et dans notre civilisation engagé dans le développement des techniques à tel enseigne que nous pouvons comparer l’activité scientifique et l’activité technologique en utilisant larelation information-organisation[7]. Leur différence s’articule du point de vuede la nature, c’est-à-dire:
  • La science a pour objectif le progrès de la connaissance, alors que latechnologie a pour objectif la transformation de la réalité donnée;
  • La science vise à acquérir de nouvelles informations dans les systèmes existants (qu’il s’agisse d’ailleurs des systèmes naturels ou de système artificiels). D’une manière claire, nous disons que « la science tente d’élaborer des systèmes explicatifs de prédicatifs»[8].
  • En clair, la science nous situe sur le plan du savoir et son but premier est de connaitre quelque chose. Elle est essentiellement une recherche de la vérité. En tant qu’activité humaine, la science fait aussi partie du faire. Disons, la science repose sur un faire opérationnel. La technique, elle, se situe sur le plan du faire et son premier but est de faire quelque chose. En d’autres termes, la technique consiste d’abord à la mise en place de quelque chose d’utile.


L’activité scientifique prélève de l’information dans le monde où elle est réalisée sous forme d’organisation, pour la réaliser sous forme d’information conceptuelle libre et disponible. L’activité technique, elle, opère en sens inverse elle transpose de l’information réalisée sous forme de représentations mentales, graphiques ou symboliques sur un support concret qui reçoit de ce fait une organisation artificielle[9].

Qu’en est-il alors de l’Afrique?

2. Etat de lieu

L’inacceptable, c’est que ‘Africain n’existe dans le concert des nations que comme un simple consommateur et n’apporte rien de concret à la création de savoir et de savoir- faire. Tout se passe comme si son esprit était constipé, Les avancées prodigieuses de la technoscience s’opèrent sans lui. Sa société n’est que consommatrice et ne s’implique pas dans la logique de la création et ne demande nulle part la résolution des problèmes scientifico-technologiques auxquels répond le complexe technoscientifique du moment. C’est dire que l’Afrique n’épouse pas la logique autonomisante des sociétés modernes.

En définitive, comme l’avait constaté le prof Okolo, « notre technologie actuelle est non seulement sous-développée et sous-développante, elle est non-intégrée, non-maîtrisée, non-autorégulée et non-adaptée à nos besoins, à nos moyens et à notre environnement.[10]

Or, pour Jacques Ellul, « il nous faut subir le développement technologique commeun destin contre lequel nous ne pouvons pas faire grand-chose. Plutôt que de refuser cette évolution, nous devons nous concentrer sur notre vie intérieure »[11]. Plus loin dans « la technique ou l’enjeu du siècle », il renchérit en ces termes: « la technique conditionne et provoque les changements sociaux, politiques, économiques. Elle est le moteur de tout le reste, malgré les apparences...

Mais, avant de se laisser aller au pessimisme, il vaut peut-être la peine de se demander si l’homme n’a pas la possibilité de donner une orientation plus humaine au développèrent de la technologie. Cela présuppose naturellement que l’on puisse envisager la technologie selon des perspectives autres que purement techniques. La question est donc: l’homme, dans son être profond, est-il plus qu’un simple technicien? Pouvons-nous contrôler et orienter notre existence technique selon des critères non techniques?

Ceci nous fait penser à la technique comme forme de vie

Martin Heidegger (1889-1976) a montré, notamment dans « la question de Ici technique » (1953) et dans Nietzsche (1961)[12], en quel sens l’homme — chaque homme — est technicien, li est technicien, dit Heidegger quand il essaye de prendre pied dans le monde, de s’y installer et donc de se rendre maître des choses, Il sait alors s’arranger avec les choses. Ce savoir est son savoir technique. La technique ne consiste donc pas au premier chef à savoir produire et fabriquer quelque chose, elle est la faculté de se frotter quotidiennement aux choses, de les utiliser et de vivre avec elles.

La technique est un savoir corporel relatif à ce qu’on a « sous la main » ou ce qu’on peut considérer comme « disponible », c’est-à-dire un savoir portant sur la relation entre l’homme et les choses. C’est pourquoi la technique n’est pas seulement un instrument pour accomplir une action. La technique est l’intelligence de la manière dont l’homme peut exister avec les choses, La technique est un mode d’être, une manière de vivre dans laquelle l’homme montre une faculté, une compétence, un pouvoir.

La technique ne consiste pas seulement à maîtriser les choses, elle dévoile aussi la vérité sur la façon dont l’homme vit avec elles, c’est-à-dire la vérité sur l’existence humaine comme souci de soi, souci de sa propre vie avec les choses et avec autrui, soumise à la finitude.

C’est ici que nous pouvons louer le génie créatif africain quand bien même que la scientificité de ce dernier pose problème :

Pensons à l’exactitude et à la précision qu’a l’arme invisible pour châtier le coupable.
Pensons aux différents antidotes contre l’empoisonnement à la morsure des serpents, pensons à la maîtrise météorologique...

Le problème réside en ce que ces différentes connaissances restent statiques ou mieux restent au stade initiatique. La difficulté de l’Afrique est qu’au jour d’aujourd’hui, la technique loin de rester comme un art, elle constitue désormais un désormais un défi, pour autant qu’elle exige de la nature de l’énergie qui puisse être produite et stockée. Elle constitue, en outre, pour une grande part une technologie de l’information et une technologie sociale, par lesquelles les hommes communiquent et agissent entre eux.

Le défi à relever

Notre préoccupation n’est ni de vouloir combler un quelconque retard par rapport aux autres, mais nous voulons plutôt exister en toute liberté et responsabilité, en nous appropriant ce que les outres utilisent comme moyens de domination sur nous. Car, si c’est avec du limon de la terre que nous avons été modelés, c’est que nous pouvons, nous aussi, comme eux, modeler la nature en lui conférant forme et force.

Il n’y a de secret pour personne. Le pouvoir d’un peuple démuni ou en détresse. c’est avant tout son savoir. Dans la technè, nous n’avons pas seulement le savoir-faire del’artisan mais aussi son art au sens plein du terme. C’est dire que l’évolution de la technologie doit être interprétée dune façon concomitante à celle de l’économie et à celle du social. Elle n’est qu’un élément dune cc trilogie sociétale », d’une dialectique à trois termes », technique, économique et sociale. Même « dans les industries manufacturières, la production flexible dépend non seulement de la technologie liée à la dynamique de l’innovation, mais également aux aspects sociaux, de l’organisation du travail et de la mobilisation subjective de la main-d’œuvre»[13]. Il s’agit d’un « système technique ».

Or, l’apparition d’un nouveau système technique conduit, selon Bertran[14], à faire basculer une civilisation vers une autre. En suivant cette approche, le «système technique » occidental paraît avoir subi trois transformations fondamentales, à savoir:

L’ère du Moyen Age qui s’appuie sur l’exploitation de l’énergie « naturelle», l’eau ou le vent, sur le contrôle du temps par l’intermédiaire de l’horloge, sur l’utilisation de matériaux comme la pierre et le fer, sur la capacité de sélectionner les semences;
L’ère industrielle ouverte par la révolution du même nom qui associe l’exploitation de gisements énergétiques tels le charbon et le pétrole, à un contrôle du temps réalisé par le chronomètre, aux matériaux industriels comme l’acier ou le ciment et à une « maîtrise de la vie » qui prend « corps » dans le développement de la biologie;
L’ère contemporaine qui est caractérisée par le développement des énergies nucléaire et solaire, par une possibilité de coordonner des activités en temps réel grâce aux microprocesseurs et à l’intelligence artificielle, par l’utilisation de matériaux dits composites et par les capacités de la science d’opérer des manipulations génétiques.[15]

L’irruption de la micro-électronique et de la micro-informatique ne va pas rester sans conséquence au niveau de la famille, de loisirs, de l’école ou mieux de la formation. Les progrès réalisés dans le domaine de logiciels ont ouvert l’informatique à un nombre croissant et extrêmement varié d’utilisateurs.

Non seulement la conception assistée par ordinateur (C.A.O) impose une rationalisation et une formalisation des procédés techniques, des informations et de leur circulation au sein même du bureau d’étude, mais en outre, elle fascine pour des raisons plus pratiques telle que la fiabilité et le bas niveau de prix.

Selon Descartes; « c’est par le chemin de la science que les hommes deviendront maîtres et possesseurs de la nature », c’est dire que la connaissance scientifique en tant qu’en même temps opératoire, confère un pouvoir multiple et infini sur l’environnement parce qu’offrant de multiples possibilités de manipulation de la nature et notamment de l’homme, sujet conscient et objet physique.

Maîtriser les sciences de la nature et les rendre opératoires au sein de notre société, c’est non seulement nous rendre maîtres de notre espace vital mais c’est mettre en valeur les potentialités économiques de notre environnement, c’est nous libérer de la dépendance et de l’extraversion, et de ce fait, nous rendre politiquement souverains et surtout créer un espace vital respectueux de notre dignité d’homme et capable de contribuer significativement à la gestation par l’humanité du monde de demain: c’est cesser d’être un simple consommateur émerveillé et devenir de ce fait un concepteur.

Vis-à-vis de cette réalité, la sortie de notre dépendance envers la techno-science risque d’être émaillée de beaucoup de réserves. Nous devons agir. Agir, signifie aussi que nous devons d’abord connaître comment s’article cette dépendance. Nous osons, pour nous, illustrer cette situation de dépendance à l’intérieur du développement de l’Afrique, en général et de la République Démocratique du Congo, en particulier par la carence d’infrastructures industrielles, la carence d’infrastructures nécessaire à la recherche et au développement autonome et surtout à la non considération du génie créatif africain. Et pourtant le développement d’un peuple est lié à l’intelligence collective, à son savoir-faire et à son savoir-emprunter au service d’un vouloir être autonome. Se développer, c’est développer nos capacités par rapport à l’environnement.

Un choix technologique n’est bon qu’en fonction d’un projet de société, d’un ensemble de valeurs, d’attentes et des besoins. Si l’on n’y prend garde, la meilleure technologie pour un environnement donné risque de se révéler la pire dans un autre. Il est donc important de préserver, à côté de la diversité biologique et de la diversité culturelle également la diversité technologique. Le souci du futur passe par celui du passé. Pour ce faire, nous devons éviter de léguer aux générations à venir un monde moins riche en possibilités et donc en liberté que le nôtre.

Nous pensons alors que : « la technique est étroitement associée à la cérébralisation archaïque: le cerveau ne progresse que par l’outil qui le libère, l’informe et le stimule »‘ Une technologie appropriée n’est autre que celle qui est socialement orientée, celle qui, parce que maîtrisée, garantit notre croissance dans la liberté et nous ibère de la dépendance extérieure avilissante.

En d’autres termes, nous pouvons dire que la richesse primordiale n’est donc pas nécessairement le capital financier dont on dispose, mais la capacité humaine de travailler, de concevoir et d’innover. « Ce n’est pas l’argent, c’est le peuple qui est à la source du développement. L’argent, les richesses qu’il représente sont la conséquence et non le fondement du développement. Les quatre fondements du développement sont: le peuple, la terre, une juste politique et un bon gouvernement »[16].

Au fait, le développement ne se confond ni avec la croissance effrénée, ni avec une occidentalisation forcenée. li ne doit nullement être assimilé à un simple rattrapage d’un modèle jugé hâtivement supérieur, qui en l’occurrence, serait le modèle industriel de l’Occident. Le développement doit reposer sur le génie propre des nations, agissant de concert avec les autres nations, s’enrichissant à leur contact, et bénéficiant de leur expérience »[17].

C’est tout comme on peut aussi adapter une technologie traditionnelle en la corrigeant pour la rendre plus rentable et en lui appliquant certaines composantes modernes non coûteuses, La Chine peut nous être un modèle d’illustration d’autant plus qu’elle compte avant tout sur ses propres forces. Ce n’est pas aux occidentaux de décider qu’une technologie est appropriée à tel pays en développement. Encore, faut-il se poser la question de savoir: quelle technique pour quel développement, et non quel développement pour quelle technique.

Et c’est ici que l’Africain doit faire preuve de sa liberté créatrice, d’un réalisme soutenu par une participation active, de son intelligence, d’une efficiente sociale, d’une bonne planification tout en tenant compte de la modernité.

Nous insistons sur la maîtrise autonome de la techno-science parce que celle-ci constitue, et c’est notre thèse, des opportunités technologiques croissantes et organisationnelles qui permettent aux acteurs socio-économiques et politiques, (s’ils en prennent effectivement conscience), d’engager des processus de transformation de la qualité du contenu de l’environnement.

Conclusion

En définitive, la révolution industrielle occasionne une possibilité nouvelle de produire à moindre coût des produits plus performants et plus compétitifs économiquement. Comme ce processus s’accompagne d’une amélioration qualitative de la possession et de la maîtrise de l’environnement, la maîtrise de la technoscience devient l’essor principal des modifications qualitatives de notre rapport à l’appropriation sociale et cette appropriation devient source de pouvoir et produit une redistribution sociale des pouvoirs qui déterminent en définitive des nouveaux rapports sociaux. Rapports par lesquels il pourrait être possible de redistribuer les pouvoirs, notamment, de reconquérir ce que nos ancêtres ont perdu et donc de se réapproprier l’espace vital. C’est-à-dire de se libérer de la dépendance structurelle.

Pour ce faire, nous devons passer de la dépendance à l’autonomie, de l’ignorance à la connaissance, de l’esclavage à la liberté, grâce à l’intelligence créative et à l’ouverture de soi. Cela implique donc un mouvement dynamique auquel nous devons participer. Nous sommes convaincus que si nous voulons réellement une Afrique indépendante, développée, cela n’est possible que dans la mesure où elle comportera l’intégration, dans l’autonomie, de la modernité dans notre tradition vivante. Bref, il faut penser à la promotion de la créativité agissante.

Nous sommes persuadés que l’Afrique peut relever les défis technologiques et culturels que lui impose la modernité. Le seul prix à payer reste en tout et pour tout la maîtrise autonome de la technoscience.

Lwambenga Kabendula Miré
Professeur à l’université Saint Augustin et à l’Institut Supérieur de Commerce /  Kinshasa - RDC
Contact : mlwabenga@gmail.com


Références


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[1]Cfr. J. LADRIERE, L’éthique dans l’univers de la rationalité. Namur, Artel-Fides, 1997, p. 278
[2] M. HENRY, La barbarie, Paris, Gresset &Fasquelle, 1987, p.6
[3] P. LAROUSSE, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Paris, Dictionnaire Robert, 1993, p.2051
[4] LADRIERE, Les enjeux de la rationalité. Le défi de la science et de la technologie aux cultures. Paris, UNESCO, 1977, p. 27
[5] J.C. AKENDA, La société africaine dans le sillage de la culture scientifique, In Revue philosophique de Kinshasa, n° 23-24 (janvier-décembre 1999, p. 9
[6]Cfr. J. LADRIERE, Op.cit., p. 56
[7]Idid., p. 63
[8]Ibid., p. 57
[9] J. LADRIERE, Op.cit. p. 63
[10] B. OKOLO OKONDA, La technologie entre la tradition et la modernité, dans Sociétés africaines et nouvelles technologies. Enjeux existenciels. RPK, vol XIII n° 23-24 (janvier-décembre 1999), FCK, 1999, p. 35
[11] J. ELLUL cité par P. KEMP, L’irremplaçable. Une éthique de la technologie, Paris, Cerf, 1997, p.24
[12] J. ELLUL, La technique ou l’enjeu du sècle, A. Colin, 1954, p. 121
[13] G. BERTRAND, cité par DU TERTRE, C. & SANTILLI, G., Automatisation et travail Utopies, réalités, débats des années cinquante aux années quatre vingt dix.  Paris, P.U.F., 1992, p.8
[14] Ibid., p. 128
[15]Cfr. G. BERTRANT, cité par DU TERTRE, C. & SANTILLI, G., op.cit., p. 9
[16] J. NYERERE, Freedom and socialism. Dar-es-Salam, 1968, p. 243. On peut aussi lire avec intérêt TEVOEDJRE, Op.Cit ? p. 133
[17] P. WALTER, Op.Cit, p. 136-140

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