0. Introduction
Objectivement quelque chose
se produit de nouveau sur le sol africain avec des forces qui ne sont pas
encore africaines même si elles sont assumées par des africains, comme agents
d’exécution. Les réalisations nouvelles, opérées par des forces nouvelles
venues de d’Occident, sont bel et bien acceptées et consommées. C’est pourquoi,
pour en savoir plus, nous pensons élucider d’abord les concepts qui font
l’objet de notre réflexion, à savoir: sciences et nouvelles technologies, avant
d’évoquer le défi pour l’Afrique en passant par un état de lieu.
1. Elucidation conceptuelle
1.1. Ce qu’est la science
L’attitude scientifique
apparaît fort bien différente de ce que le langage philosophique appelle
l’attitude naturelle ou la vision du monde naturelle, telle qu’elle s’exprime
dans les mythes, les traditions, les proverbes, les sagesses, les conceptions
du monde.
L’attitude scientifique est
de nature artificielle[1]. En d’autres termes, nous
disons que la science est un phénomène historique, situé de façon précise dans
le temps et dans l’espace; môme si le phénomène scientifique devient
aujourd’hui universel, il reste vrai qu’il est né en des lieux bien déterminés
et à un moment précis de l’histoire.
Selon Michel Henry, la
science est à saisir comme « une connaissance rigoureuse, objective,
incontestable et vraie et se distingue par la puissance de ses évidences et de
ses démonstrations, de ses preuves, en même temps que par les résultats
extraordinaires auxquels elle a abouti et qui bouleversent la face de la terre»[2].
Le Petit Larousse et Jean
Ladrière, cernent respectivement la science à partir de l’idée de sa
constitution. Ainsi pour le Larousse ‘la science c’est l’ensemble de
connaissances, d’études dune valeur universelle, caractérisées par un objet
(domaine) et une méthode déterminée, et fondées sur des réactions objectives
vérifiables”[3],
Pour Ladrière. la science contient et se présente comme “Ici somme actuelle des
connaissances scientifiques, ou une activité de recherche, ou encore comme une
méthode d’acquisition du savoir”[4].
Les méthodes et Tes théories
scientifiques se fondent sur “la reproductibilité technique, l’opérationnalité
conceptuelle, le contrôle critique, la clarté et la précision langagières, le
consensus intersubjectif - au sens de Ici compréhension et du contrôle
critico-intersubjectifs -, et la généralité conceptuelle”[5].
Le caractère opérationnel de
Ici science moderne et de la formation scientifique du savoir vise à
l’acquisition d’un savoir sur le monde, d’un savoir qui se laisse appliquer de
façon générale et universelle. Il s’agit d’acquérir des connaissances fiables
sur diverses situations même celles pour lesquelles nous ne possédons aucun
rapport de perception, mais seulement des effets des activités sous-jacentes à
la réalité considérée.
1.2.
Ce qu’est la technologie
Nous pouvons la caractériser
dans le domaine du faire comme celui du faire efficace, c’est-à-dire du faire
qui ne procède plus au hasard ou par de simples essais et erreurs, mais qui a
découvert des règles pour atteindre de manièrecorrecte, précise et
satisfaisante certains objectifs pratiques.
Certes, on traduit
d’habitude le terme Téchnè par « art ». Mais il s’agit d’une traduction devenue
aujourd’hui inexacte. Pour nous, l’art concerne essentiellement la sphère du
beau et de l’expression esthétique. Dans le cas de l’épistème l’attention est
focalisée sur la simple vérité de ce qu’on connaît. Dans le cas de la Téchnè;
l’attention se porte sur l’efficacité. La première concerne le savoir pur, la
seconde concerne le savoir-faire.
Tout comme Ici science, ta
technologie est très largement liée à un mode d’organisation de la production
qui est celui de l’industrie moderne, basé sur une valeur spécifique entre une extrême
division du travail et un très haut niveau d’intégration des activités (sous
forme d’entreprises au dimensions de plus en plus vastes, de groupes
industriels complexes ou même d’un système de planification centrale
fonctionnant à l’échelle d’un pays tout entier). Ce qui frappe en tout premier
lieu, c’est la dimension quantitative production de masse, ou gigantisme d’une
tâche donnée.
Cependant si le concept de «
technologie » est pris dans le sens de celui de « technique », l’expression «
nouvelles technologies » s’entend donc comme des techniques qui sont nouvelles.
Or, ce qui est nouveau aujourd’hui ne le sera plus demain. La définition de
nouvelles technologies ou technologies de pointe ou encore haute technologies,
est ainsi plastique, changeant à mesure que les outils et les moyens sont
inventés et intégrés dans le bagage technique des sociétés il fut ainsi un
temps où l’automobile était une nouvelle technologie, il fut ainsi un temps,
beaucoup plus reculé, où l’agriculture ou la céramique l’étaient également. Il
faut par ailleurs noter qu’une technologie peut être nouvelle dans un domaine,
alors qu’elle est relativement ancienne dans un autre. C’est dire que toute
technique a nécessairement été nouvelle au début de son histoire.
Nous osons parler de
nouvelle technologie par opposition à l’ancienne qui fut une véritable
justification théorique. On savait comment produire tel ou tel effet, on
n’était pas - du moins en général - à mesure d’expliquer pourquoi tel type
d’action entraînait tel effet. En plus, on pouvait entourer un savoir-faire
déterminé de tout un contexte de justifications d’ordre mythologique, qui
pouvaient être elles-mêmes fort ingénieuses et avoir une grande efficacité
sociale.
En dépit de l’expression, «
nouvelle technologie », il est vrai qu’on se trouve aussi dans bien des cas
devant un savoir-faire qui est basé sur l’expérience et la tradition, et pour
lequel on ne dispose pas d’explications satisfaisantes. Ce qui est important,
c’est que l’évolution technologique est de plus en plus rapide, qu’elle prend
un caractère de plus en plus systématique, qu’elle est de plus en plus
consciemment contrôlée. La technologie se spécifie bien par son interaction
étroite avec la science au risque de croire qu’il n’y a point de différence
entre les deux[6].
En commun, entre science et
technologie, ce qui frappe, c’est :
- qu’on se trouve en présence d’une activité socialement organisée, basée sur des plans, poursuivant des objectifs qui ont été consciemment choisis, et de manière essentiellement pratique:
- de part et d’autre, on a affaire à un terme de recherche qui paraît être de nature à caractériser aussi bien ce qui se fait sous le nom traditionnel de science que ce qui se fait sous le nom de technique.
Nous constatons une très
forte interaction entre science et technologie, à tel enseigne que la
progression de la science dépend en partie de Ici progression de la technologie
et réciproquement. Pour j. Ellul, « la technique est en amont et en aval de la
science mais en plus, elle est au cœur même de la science, celle-ci se projette
et s’absorbe dans la technique, et la technique se formule dans la théorie
scientifique.
Cette possession s’obtient
par processus dynamique de l’esprit tout à fait communautaire, d’équipe parce
que la recherche scientifico-technique contemporaine n’est plus du tout
individuelle elle est complexe et collective. Le chercheur appartient à une
équipe, à un réseau.
En tant que réseau, la
technique assure le tenir ensemble de l’humanité, l’inter-communicabilité
transcommunautaire en tant que recherche, elle l’incite à évoluer et à
s’étendre. Si le progrès humain nous paraît identifiable au progrès technique,
c’est parce que le progrès humain est de nos jours et dans notre civilisation
engagé dans le développement des techniques à tel enseigne que nous pouvons
comparer l’activité scientifique et l’activité technologique en utilisant larelation
information-organisation[7]. Leur différence
s’articule du point de vuede la nature, c’est-à-dire:
- La science a pour objectif le progrès de la connaissance, alors que latechnologie a pour objectif la transformation de la réalité donnée;
- La science vise à acquérir de nouvelles informations dans les systèmes existants (qu’il s’agisse d’ailleurs des systèmes naturels ou de système artificiels). D’une manière claire, nous disons que « la science tente d’élaborer des systèmes explicatifs de prédicatifs»[8].
- En clair, la science nous situe sur le plan du savoir et son but premier est de connaitre quelque chose. Elle est essentiellement une recherche de la vérité. En tant qu’activité humaine, la science fait aussi partie du faire. Disons, la science repose sur un faire opérationnel. La technique, elle, se situe sur le plan du faire et son premier but est de faire quelque chose. En d’autres termes, la technique consiste d’abord à la mise en place de quelque chose d’utile.
L’activité scientifique
prélève de l’information dans le monde où elle est réalisée sous forme
d’organisation, pour la réaliser sous forme d’information conceptuelle libre et
disponible. L’activité technique, elle, opère en sens inverse elle transpose de
l’information réalisée sous forme de représentations mentales, graphiques ou
symboliques sur un support concret qui reçoit de ce fait une organisation
artificielle[9].
Qu’en est-il alors de
l’Afrique?
2. Etat de lieu
L’inacceptable, c’est que
‘Africain n’existe dans le concert des nations que comme un simple consommateur
et n’apporte rien de concret à la création de savoir et de savoir- faire. Tout
se passe comme si son esprit était constipé, Les avancées prodigieuses de la
technoscience s’opèrent sans lui. Sa société n’est que consommatrice et ne
s’implique pas dans la logique de la création et ne demande nulle part la
résolution des problèmes scientifico-technologiques auxquels répond le complexe
technoscientifique du moment. C’est dire que l’Afrique n’épouse pas la logique
autonomisante des sociétés modernes.
En définitive, comme l’avait
constaté le prof Okolo, « notre technologie actuelle est non seulement
sous-développée et sous-développante, elle est non-intégrée, non-maîtrisée,
non-autorégulée et non-adaptée à nos besoins, à nos moyens et à notre
environnement.[10]
Or, pour Jacques Ellul, « il
nous faut subir le développement technologique commeun destin contre lequel
nous ne pouvons pas faire grand-chose. Plutôt que de refuser cette évolution,
nous devons nous concentrer sur notre vie intérieure »[11]. Plus loin dans « la
technique ou l’enjeu du siècle », il renchérit en ces termes: « la technique
conditionne et provoque les changements sociaux, politiques, économiques. Elle
est le moteur de tout le reste, malgré les apparences...
Mais, avant de se laisser
aller au pessimisme, il vaut peut-être la peine de se demander si l’homme n’a
pas la possibilité de donner une orientation plus humaine au développèrent de
la technologie. Cela présuppose naturellement que l’on puisse envisager la
technologie selon des perspectives autres que purement techniques. La question
est donc: l’homme, dans son être profond, est-il plus qu’un simple technicien?
Pouvons-nous contrôler et orienter notre existence technique selon des critères
non techniques?
Ceci nous fait penser à la technique
comme forme de vie
Martin Heidegger (1889-1976)
a montré, notamment dans « la question de Ici technique » (1953) et dans
Nietzsche (1961)[12],
en quel sens l’homme — chaque homme — est technicien, li est technicien, dit
Heidegger quand il essaye de prendre pied dans le monde, de s’y installer et
donc de se rendre maître des choses, Il sait alors s’arranger avec les choses.
Ce savoir est son savoir technique. La technique ne consiste donc pas au
premier chef à savoir produire et fabriquer quelque chose, elle est la faculté
de se frotter quotidiennement aux choses, de les utiliser et de vivre avec
elles.
La technique est un savoir
corporel relatif à ce qu’on a « sous la main » ou ce qu’on peut considérer
comme « disponible », c’est-à-dire un savoir portant sur la relation entre l’homme
et les choses. C’est pourquoi la technique n’est pas seulement un instrument
pour accomplir une action. La technique est l’intelligence de la manière dont
l’homme peut exister avec les choses, La technique est un mode d’être, une
manière de vivre dans laquelle l’homme montre une faculté, une compétence, un
pouvoir.
La technique ne consiste pas
seulement à maîtriser les choses, elle dévoile aussi la vérité sur la façon
dont l’homme vit avec elles, c’est-à-dire la vérité sur l’existence humaine
comme souci de soi, souci de sa propre vie avec les choses et avec autrui,
soumise à la finitude.
C’est ici que nous pouvons
louer le génie créatif africain quand bien même que la scientificité de ce
dernier pose problème :
Pensons à l’exactitude et à
la précision qu’a l’arme invisible pour châtier le coupable.
Pensons aux différents
antidotes contre l’empoisonnement à la morsure des serpents, pensons à la
maîtrise météorologique...
Le problème réside en ce que
ces différentes connaissances restent statiques ou mieux restent au stade
initiatique. La difficulté de l’Afrique est qu’au jour d’aujourd’hui, la
technique loin de rester comme un art, elle constitue désormais un désormais un
défi, pour autant qu’elle exige de la nature de l’énergie qui puisse être
produite et stockée. Elle constitue, en outre, pour une grande part une
technologie de l’information et une technologie sociale, par lesquelles les
hommes communiquent et agissent entre eux.
Le défi à relever
Notre préoccupation n’est ni
de vouloir combler un quelconque retard par rapport aux autres, mais nous
voulons plutôt exister en toute liberté et responsabilité, en nous appropriant
ce que les outres utilisent comme moyens de domination sur nous. Car, si c’est
avec du limon de la terre que nous avons été modelés, c’est que nous pouvons,
nous aussi, comme eux, modeler la nature en lui conférant forme et force.
Il n’y a de secret pour
personne. Le pouvoir d’un peuple démuni ou en détresse. c’est avant tout son
savoir. Dans la technè, nous n’avons pas seulement le savoir-faire del’artisan
mais aussi son art au sens plein du terme. C’est dire que l’évolution de la technologie
doit être interprétée dune façon concomitante à celle de l’économie et à celle
du social. Elle n’est qu’un élément dune cc trilogie sociétale », d’une
dialectique à trois termes », technique, économique et sociale. Même « dans les
industries manufacturières, la production flexible dépend non seulement de la
technologie liée à la dynamique de l’innovation, mais également aux aspects
sociaux, de l’organisation du travail et de la mobilisation subjective de la main-d’œuvre»[13]. Il s’agit d’un « système
technique ».
Or, l’apparition d’un
nouveau système technique conduit, selon Bertran[14], à faire basculer une
civilisation vers une autre. En suivant cette approche, le «système
technique » occidental paraît avoir subi trois transformations
fondamentales, à savoir:
L’ère du Moyen Age qui
s’appuie sur l’exploitation de l’énergie « naturelle», l’eau ou le vent, sur le
contrôle du temps par l’intermédiaire de l’horloge, sur l’utilisation de
matériaux comme la pierre et le fer, sur la capacité de sélectionner les
semences;
L’ère industrielle ouverte
par la révolution du même nom qui associe l’exploitation de gisements
énergétiques tels le charbon et le pétrole, à un contrôle du temps réalisé par
le chronomètre, aux matériaux industriels comme l’acier ou le ciment et à une «
maîtrise de la vie » qui prend « corps » dans le développement de la biologie;
L’ère contemporaine qui est
caractérisée par le développement des énergies nucléaire et solaire, par une
possibilité de coordonner des activités en temps réel grâce aux
microprocesseurs et à l’intelligence artificielle, par l’utilisation de
matériaux dits composites et par les capacités de la science d’opérer des manipulations
génétiques.[15]
L’irruption de la
micro-électronique et de la micro-informatique ne va pas rester sans
conséquence au niveau de la famille, de loisirs, de l’école ou mieux de la
formation. Les progrès réalisés dans le domaine de logiciels ont ouvert l’informatique
à un nombre croissant et extrêmement varié d’utilisateurs.
Non seulement la conception
assistée par ordinateur (C.A.O) impose une rationalisation et une formalisation
des procédés techniques, des informations et de leur circulation au sein même
du bureau d’étude, mais en outre, elle fascine pour des raisons plus pratiques
telle que la fiabilité et le bas niveau de prix.
Selon Descartes; « c’est par
le chemin de la science que les hommes deviendront maîtres et possesseurs de la
nature », c’est dire que la connaissance scientifique en tant qu’en même temps
opératoire, confère un pouvoir multiple et infini sur l’environnement parce
qu’offrant de multiples possibilités de manipulation de la nature et notamment
de l’homme, sujet conscient et objet physique.
Maîtriser les sciences de la
nature et les rendre opératoires au sein de notre société, c’est non seulement
nous rendre maîtres de notre espace vital mais c’est mettre en valeur les
potentialités économiques de notre environnement, c’est nous libérer de la
dépendance et de l’extraversion, et de ce fait, nous rendre politiquement
souverains et surtout créer un espace vital respectueux de notre dignité
d’homme et capable de contribuer significativement à la gestation par
l’humanité du monde de demain: c’est cesser d’être un simple consommateur
émerveillé et devenir de ce fait un concepteur.
Vis-à-vis de cette réalité,
la sortie de notre dépendance envers la techno-science risque d’être émaillée
de beaucoup de réserves. Nous devons agir. Agir, signifie aussi que nous devons
d’abord connaître comment s’article cette dépendance. Nous osons, pour nous,
illustrer cette situation de dépendance à l’intérieur du développement de l’Afrique,
en général et de la République Démocratique du Congo, en particulier par la
carence d’infrastructures industrielles, la carence d’infrastructures
nécessaire à la recherche et au développement autonome et surtout à la non
considération du génie créatif africain. Et pourtant le développement d’un
peuple est lié à l’intelligence collective, à son savoir-faire et à son
savoir-emprunter au service d’un vouloir être autonome. Se développer, c’est
développer nos capacités par rapport à l’environnement.
Un choix technologique n’est
bon qu’en fonction d’un projet de société, d’un ensemble de valeurs, d’attentes
et des besoins. Si l’on n’y prend garde, la meilleure technologie pour un
environnement donné risque de se révéler la pire dans un autre. Il est donc
important de préserver, à côté de la diversité biologique et de la diversité
culturelle également la diversité technologique. Le souci du futur passe par
celui du passé. Pour ce faire, nous devons éviter de léguer aux générations à
venir un monde moins riche en possibilités et donc en liberté que le nôtre.
Nous pensons alors que : «
la technique est étroitement associée à la cérébralisation archaïque: le
cerveau ne progresse que par l’outil qui le libère, l’informe et le stimule »‘
Une technologie appropriée n’est autre que celle qui est socialement orientée,
celle qui, parce que maîtrisée, garantit notre croissance dans la liberté et
nous ibère de la dépendance extérieure avilissante.
En d’autres termes, nous
pouvons dire que la richesse primordiale n’est donc pas nécessairement le
capital financier dont on dispose, mais la capacité humaine de travailler, de
concevoir et d’innover. « Ce n’est pas l’argent, c’est le peuple qui est à la
source du développement. L’argent, les richesses qu’il représente sont la
conséquence et non le fondement du développement. Les quatre fondements du
développement sont: le peuple, la terre, une juste politique et un bon
gouvernement »[16].
Au fait, le développement ne
se confond ni avec la croissance effrénée, ni avec une occidentalisation
forcenée. li ne doit nullement être assimilé à un simple rattrapage d’un modèle
jugé hâtivement supérieur, qui en l’occurrence, serait le modèle industriel de
l’Occident. Le développement doit reposer sur le génie propre des nations,
agissant de concert avec les autres nations, s’enrichissant à leur contact, et
bénéficiant de leur expérience »[17].
C’est tout comme on peut
aussi adapter une technologie traditionnelle en la corrigeant pour la rendre
plus rentable et en lui appliquant certaines composantes modernes non
coûteuses, La Chine peut nous être un modèle d’illustration d’autant plus
qu’elle compte avant tout sur ses propres forces. Ce n’est pas aux occidentaux
de décider qu’une technologie est appropriée à tel pays en développement.
Encore, faut-il se poser la question de savoir: quelle technique pour quel
développement, et non quel développement pour quelle technique.
Et c’est ici que l’Africain
doit faire preuve de sa liberté créatrice, d’un réalisme soutenu par une
participation active, de son intelligence, d’une efficiente sociale, d’une
bonne planification tout en tenant compte de la modernité.
Nous insistons sur la
maîtrise autonome de la techno-science parce que celle-ci constitue, et c’est
notre thèse, des opportunités technologiques croissantes et organisationnelles
qui permettent aux acteurs socio-économiques et politiques, (s’ils en prennent
effectivement conscience), d’engager des processus de transformation de la
qualité du contenu de l’environnement.
Conclusion
En définitive, la révolution
industrielle occasionne une possibilité nouvelle de produire à moindre coût des
produits plus performants et plus compétitifs économiquement. Comme ce
processus s’accompagne d’une amélioration qualitative de la possession et de la
maîtrise de l’environnement, la maîtrise de la technoscience devient l’essor
principal des modifications qualitatives de notre rapport à l’appropriation
sociale et cette appropriation devient source de pouvoir et produit une
redistribution sociale des pouvoirs qui déterminent en définitive des nouveaux
rapports sociaux. Rapports par lesquels il pourrait être possible de
redistribuer les pouvoirs, notamment, de reconquérir ce que nos ancêtres ont
perdu et donc de se réapproprier l’espace vital. C’est-à-dire de se libérer de
la dépendance structurelle.
Pour ce faire, nous devons
passer de la dépendance à l’autonomie, de l’ignorance à la connaissance, de
l’esclavage à la liberté, grâce à l’intelligence créative et à l’ouverture de
soi. Cela implique donc un mouvement dynamique auquel nous devons participer.
Nous sommes convaincus que si nous voulons réellement une Afrique indépendante,
développée, cela n’est possible que dans la mesure où elle comportera
l’intégration, dans l’autonomie, de la modernité dans notre tradition vivante.
Bref, il faut penser à la promotion de la créativité agissante.
Nous sommes persuadés que
l’Afrique peut relever les défis technologiques et culturels que lui impose la
modernité. Le seul prix à payer reste en tout et pour tout la maîtrise autonome
de la technoscience.
Lwambenga Kabendula Miré
Professeur
à l’université Saint Augustin et à l’Institut Supérieur de Commerce / Kinshasa - RDC
Contact :
mlwabenga@gmail.com
Références
x
[1]Cfr. J.
LADRIERE, L’éthique dans l’univers de la
rationalité. Namur, Artel-Fides, 1997, p. 278
[2] M.
HENRY, La barbarie, Paris, Gresset
&Fasquelle, 1987, p.6
[3] P.
LAROUSSE, Dictionnaire alphabétique et
analogique de la langue française. Paris, Dictionnaire Robert, 1993, p.2051
[4]
LADRIERE, Les enjeux de la rationalité.
Le défi de la science et de la
technologie aux cultures. Paris, UNESCO, 1977, p. 27
[5]
J.C. AKENDA, La société africaine dans le
sillage de la culture scientifique, In Revue
philosophique de Kinshasa, n° 23-24 (janvier-décembre 1999, p. 9
[6]Cfr. J. LADRIERE, Op.cit., p. 56
[7]Idid., p. 63
[8]Ibid., p. 57
[9] J. LADRIERE, Op.cit. p. 63
[10] B.
OKOLO OKONDA, La technologie entre la
tradition et la modernité, dans Sociétés africaines et nouvelles
technologies. Enjeux existenciels.
RPK, vol XIII n° 23-24 (janvier-décembre 1999), FCK, 1999, p. 35
[11] J.
ELLUL cité par P. KEMP, L’irremplaçable.
Une éthique de la technologie, Paris, Cerf, 1997, p.24
[12] J.
ELLUL, La technique ou l’enjeu du sècle,
A. Colin, 1954, p. 121
[13] G.
BERTRAND, cité par DU TERTRE, C. & SANTILLI, G., Automatisation et travail Utopies, réalités, débats des années
cinquante aux années quatre vingt dix. Paris, P.U.F., 1992, p.8
[14] Ibid.,
p. 128
[15]Cfr. G.
BERTRANT, cité par DU TERTRE, C. & SANTILLI, G., op.cit., p. 9
[16] J. NYERERE, Freedom and socialism. Dar-es-Salam, 1968, p. 243. On peut
aussi lire avec intérêt TEVOEDJRE, Op.Cit ?
p. 133
[17] P. WALTER, Op.Cit, p. 136-140
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire